Tu n’aimes pas les vers, car tu es belle et dis

Tristan Derème (1889–1941)

La Verdure dorée

Tu n’aimes pas les vers, car tu es belle et disQu’il faut saisir le temps sous des ongles hardisEt tenaces, le déchirer, rouge grenade,Le mâcher et jeter l’écorce vaine. Une ode,Son ampleur magnifique et son rythme pareilAux respirations des flots sous le soleil,Sa splendeur, son tumulte et ses tempêtes sourdesQu’importent, et tout l’art, puisqu’il faut que tu mordesIvre et pour en jouir la vie à pleines dents !« Les poètes, dis-tu, qui contemplent, qui dansLe secret de leur cœur reconstruisent le monde,Peignent de vains décors sur des coques d’amande.Je tressaille, je plonge et je m’évanouisAux durs baisers du fleuve, à ses cris inouïs,L’eau m’emporte, me bat, m’enivre et quand j’émerge,Poètes, je vous vois qui rêvez sur la berge. »