Entre deux orages

Victor de Laprade (1812–1883)

La trombe éclate, il grêle sur mon champ ;Adieu mes blés, mes roses que je pleure !La foudre encor va tomber tout à l’heure ;Un tourbillon s’amoncelle au couchant.

Dans tout le ciel se heurtent les nuages ;Celui-là passe, un plus sombre le suit…Voilà pourtant qu’un peu d’azur nous luit,Un rayon d’or glisse entre deux orages.

Charmant rayon, tu pourrais décevoirUn cœur plus neuf et plus ardent à vivre.

Moi, je sais bien que l’éclair va te suivreEt qu’il pleuvra… peut-être jusqu’au soir.

Oui, je vois trop ce que le sort prépare.Salut pourtant, sourire mensonger !Entre deux nuits que ta clarté sépareJe me réchauffe à ton feu passager.

Sans m’abuser, espoir, plus qu’un vain.rêve,Caresse un peu mes rosiers défleuris ;Rayon menteur, tu n’es rien qu’une trêve,Mais je respire, au moins, quand tu souris.

Luis donc, espoir, montre à l’âme une routePar ce sillon ouvert sur un ciel bleu ;Mon cœur te doit, dans la nuit de son doute,Tout ce qu’il sait du bonheur et de Dieu.