Jour de fête aux environs de Paris
II
Midi chauffe et sèche la mousse ;Les champs sont pleins de tambourins ;On voit dans une lueur douceDes groupes vagues et sereins.Là-bas, à l’horizon, poudroieLe vieux donjon de saint Louis ;Le soleil dans toute sa joieAccable les champs éblouis.L’air brûlant fait, sous ses haleinesSans murmures et sans échos,Luire en la fournaise des plainesLa braise des coquelicots.Les brebis paissent inégales ;Le jour est splendide et dormant ;Presque pas d’ombre ; les cigalesChantent sous le bleu flamboiement.Voilà les avoines rentrées.Trêve au travail. Amis, du vin !Des larges tonnes éventréesSort l’éclat de rire divin.
Le buveur chancelle à la tableQui boite fraternellement.L’ivrogne se sent véritable ;Il oublie, ô clair firmament,Tout, la ligne droite, la gêne,La loi, le gendarme, l’effroi,L’ordre ; et l’échalas de SurèneRaille le poteau de l’octroi.L’âne broute, vieux philosophe ;L’oreille est longue, l’âne en rit,Peu troublé d’un excès d’étoffe,Et content si le pré fleurit.Les enfants courent par volée.Clichy montre, honneur aux anciens !Sa grande muraille étoiléePar la mitraille des prussiens.La charrette roule et cahote ;Paris élève au loin sa voix,Noir chiffonnier qui dans sa hottePorte le sombre tas des rois.On voit au loin les cheminéesEt les dômes d’azur voilés ;Des filles passent, couronnéesDe joie et de fleurs, dans les blés.
23 août 1859.