Envoi des Feuilles d’Automne
Les Chants du crépuscule
XVIIIENVOI DES FEUILLES D’AUTOMNE
À MADAME ***.
I
Ce livre errant qui va l’aile brisée,Et que le vent jette à votre croiséeComme un grêlon à tous les murs cogné,Hélas ! il sort des tempêtes publiques.Le froid, la pluie, et mille éclairs obliquesL’ont assailli, le pauvre nouveau-né.Il est puni d’avoir fui ma demeure.Après avoir chanté, voici qu’il pleure ;Voici qu’il boite après avoir plané !
II
En attendant que le vent le remporte,Ouvrez, Marie, ouvrez-lui votre porte.Raccommodez ses vers estropiés !Dans votre alcôve à tous les vents bien close,Pour un instant souffrez qu’il se repose,Qu’il se réchauffe au feu de vos trépieds,Qu’à vos côtés, à votre ombre, il se couche,Oiseau plumé, qui, frileux et farouche,Tremble et palpite, abrité sous vos pieds !
18 janvier 1832.