Spectacle rassurant

Victor Hugo (1802–1885)

Les Rayons et les Ombres

XVII

Tout est lumière, tout est joie,L’araignée au pied diligentAttache aux tulipes de soieSes rondes dentelles d’argent.

La frissonnante libelluleMire les globes de ses yeuxDans l’étang splendide où pulluleTout un monde mystérieux !

La rose semble, rajeunie,S’accoupler au bouton vermeil ;L’oiseau chante plein d’harmonieDans les rameaux pleins de soleil.

Sa voix bénit le Dieu de l’âmeQui, toujours visible au cœur pur,Fait l’aube, paupière de flamme,Pour le ciel, prunelle d’azur !

Sous les bois, où tout bruit s’émousse,Le faon craintif joue en rêvant ;Dans les verts écrins de la mousseLuit le scarabée, or vivant.

La lune au jour est tiède et pâleComme un joyeux convalescent ;Tendre, elle ouvre ses yeux d’opaleD’où la douceur du ciel descend !

La giroflée avec l’abeilleFolâtre en baisant le vieux mur ;Le chaud sillon gaîment s’éveille,Remué par le germe obscur.

Tout vit, et se pose avec grâce,Le rayon sur le seuil ouvert,L’ombre qui fuit sur l’eau qui passe,Le ciel bleu sur le coteau vert !

La plaine brille, heureuse et pure ;Le bois jase ; l’herbe fleurit. —Homme ! ne crains rien ! la natureSait le grand secret, et sourit.