Réponse à l’esprit des bois

Victor Hugo (1802–1885)

XIX

Nain qui me railles,Gnome aperçuDans les broussailles,Ailé, bossu ;Face moisie,Sur toi, boudeur,La poésieToourne en laideur.Magot de l’Inde,Dieu d’Abydos,Ce mont, le Pinde,Est sur ton dos.Ton nom est Fable.Ton bonimentQuelquefois hâbleEt toujours ment.Ta verve est faiteDe ton limon.Et le poëteSort du démon.

Monstre apocryphe,Trouble-raisons,On sent ta griffeDans ces buissons.Tu me dénoncesUn rendez-vous,Ô fils des ronces,Frère des houx.Et ta voix grêleVient accuserD’un sourire, elle,Lui, d’un baiser.Quel vilain rôle !Je n’en crois rien,Vieux petit drôleAérien.Reprends ta danse,Spectre badin ;Reçois quittanceDe mon dédainOù j’enveloppeTous tes aïeuxDepuis ÉsopeJusqu’à Mayeux.

12 août.