Rotrou
Les rues de Paris
Portent les noms fameux de Pompée et d’Auguste,Ces poèmes sans prix où son illustre mainD’un pinceau sans pareil a peint l’esprit romain,Rendront de leurs beautés toute oreille idolâtre,Et sont aujourd’hui l’âme et l’amour du théâtre.
Pour te rendre justice, autant que pour te plaire,Je veux parler, Corneille, et ne me puis plus taire ;Juge de ton mérite, à qui rien n’est égal,Par la confession de ton propre rival.· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·Je vois que ton esprit, unique dans ton art,A des naïvetés plus belles que le fard,Que tes inventions ont des charmes étranges,Que leur moindre incident attire des louanges,Que par toute la France on parle de ton nom,Et qu’il n’est plus d’estime égale à ton renom.· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·Tel je te sais connaître et te rendre justice,Tel on me voit partout adorer ta Clarice ;Aussi rien n’est égal à ses moindres attraits ;Tout ce que j’ai produit cède à ses moindres traits.
Mais que le souvenir de ces jours criminels,En l’état où je suis m’offense la mémoire !…
Mon Dieu ! que ta bonté rend mon esprit confusQu’avecque raison je t’adore ;Et combien l’enfer en dévoreQui sont meilleurs que je ne fus !
Les rayons de ta grâce ont éclairé mes sens,Le monde et ses plaisirs me semblent moins qu’un verre ;Je pousse encor des vœux, mais des vœux innocensQui montent plus haut que la terre !