Salon de 1859
Curiosités esthétiques
Morne Isis, couverte d’un voile !Araignée à l’immense toile,Où se prennent les nations !Fontaine d’urnes obsédée !Mamelle sans cesse inondée,Où, pour se nourrir de l’idée,Viennent les générations !. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Ville qu’un orage enveloppe !
Fière, autant qu’un vivant, de sa noble stature,Avec son gros bouquet, son mouchoir et ses gantsElle a la nonchalance et la désinvoltureD’une coquette maigre aux airs
Vit-on jamais au bal une taille plus mince ?Sa robe, exagérée en sa royale ampleur,S’écroule abondamment sur un pied sec que pinceUn soulier pomponné joli comme une fleur.
La ruche qui se joue au bord des clavicules,Comme un ruisseau lascif qui se frotte au rocher,Défend pudiquement des lazzi ridiculesLes funèbres appas qu’elle tient à cacher.
Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,Et son crâne, de fleurs artistement coiffé,Oscille mollement sur ses frêles vertèbres,Ô charme du néant follement attifé !
Aucuns t’appelleront une caricature,Qui ne comprennent pas, amants ivres de chair,L’élégance sans nom de l’humaine armature !Tu réponds, grand squelette, à mon goût le plus cher !
Viens-tu troubler, avec ta puissante grimace,La fête de la vie… ?