« Avec ses vêtements ondoyants et nacrés »

Charles Baudelaire (1821–1867)

Les Fleurs du mal — 1857

XXV

Avec ses vêtements ondoyants et nacrés,Même quand elle marche, on croirait qu’elle danse,Comme ces longs serpents que les jongleurs sacrésAu bout de leurs bâtons agitent en cadence.Comme le sable morne et l’azur des déserts,Insensibles tous deux à l’humaine souffrance,Comme les longs réseaux de la houle des mers,Elle se développe avec indifférence.

Ses yeux polis sont faits de minéraux charmants,Et dans cette nature étrange et symboliqueOù l’ange inviolé se mêle au sphinx antique,Où tout n’est qu’or, acier, lumière et diamants,Resplendit à jamais, comme un astre inutile,La froide majesté de la femme stérile.