Alchimie de la douleur

Charles Baudelaire (1821–1867)

Les Fleurs du mal — 1868

LXXXIIIALCHIMIE DE LA DOULEUR

L’un t’éclaire avec son ardeur,L’autre en toi met son deuil, Nature !Ce qui dit à l’un : Sépulture !Dit à l’autre : Vie et splendeur !Hermès inconnu qui m’assistesEt qui toujours m’intimidas,Tu me rends l’égal de Midas,Le plus triste des alchimistes ;Par toi je change l’or en ferEt le paradis en enfer ;Dans le suaire des nuagesJe découvre un cadavre cher,Et sur les célestes rivagesJe bâtis de grands sarcophages.