Sisina

Charles Baudelaire (1821–1867)

Les Fleurs du mal — 1868

LXSISINA

Imaginez Diane en galant équipage,Parcourant les forêts ou battant les halliers,Cheveux et gorge au vent, s’enivrant de tapage,Superbe et défiant les meilleurs cavaliers !Avez-vous vu Théroigne, amante du carnage,Excitant à l’assaut un peuple sans souliers,La joue et l’œil en feu, jouant son personnage,Et montant, sabre au poing, les royaux escaliers ?Telle la Sisina ! Mais la douce guerrièreA l’âme charitable autant que meurtrière ;Son courage, affolé de poudre et de tambours,Devant les suppliants sait mettre bas les armes,Et son cœur, ravagé par la flamme, a toujours,Pour qui s’en montre digne, un réservoir de larmes.