Sur les débuts d’Amina Boschetti

Charles Baudelaire (1821–1867)

Épaves

Amina bondit, — fuit, — puis voltige et sourit ;Le Welche dit : « Tout ça, pour moi, c’est du prâcrit ;Je ne connais, en fait de nymphes bocagères,Que celle de Montagne-aux-Herbes-Potagères. »

Du bout de son pied fin et de son œil qui rit,Amina verse à flots le délire et l’esprit ;Le Welche dit : « Fuyez, délices mensongères !Mon épouse n’a pas ces allures légères. »

Vous ignorez, sylphide au jarret triomphant,Qui voulez enseigner la walse à l’éléphant,Au hibou la gaîté, le rire à la cigogne,

Que sur la grâce en feu le Welche dit : « Haro ! »Et que le doux Bacchus lui versant du bourgogne,Le monstre répondrait : « J’aime mieux le faro ! »