Sonnet (II)

Charles Cros (1842–1888)

Le Collier de griffes — Visions

à ulysse rocq, peintre.

Vent d’été, tu fais les femmes plus bellesEn corsage clair, que les seins rebellesGonflent. Vent d’été, vent des fleurs, doux rêveCaresse un tissu qu’un beau sein soulève.Dans les bois, les champs, corolles, ombellesEntourent la femme ; en haut, les querellesDes oiseaux, dont la romance est trop brève,Tombent dans l’air chaud. Un moment de trêve.

Et l’épine rose a des odeurs vagues,La rose de mai tombe de sa tige,Tout frémit dans l’air, chant d’un doux vertige.Quittez votre robe et mettez des bagues ;Et montrez vos seins, éternel prodige.Baisons-nous, avant que mon sang se fige.