« Ce soir, sur le chemin sonore du coteau »

Charles Guérin (1873–1907)

Le Semeur de cendres

Ce soir, sur le chemin sonore du coteau,Nous menons en rêvant notre amour qui frissonneD’une obscure tiédeur sous le même manteau.Ô crépuscule amer de novembre ! L’automneEst soucieux comme un aïeul qu’on va quitter ;Son souffle large et fort sur la terre endormieRépand de solennels adieux. Las de monter,Bientôt nous suspendons nos pas, ô mon amie.La brise nous apporte avec le bruit furtifD’une bête qui fuit dans la forêt prochaine

Le tintement voilé des cloches de la plaine ;Puis rien n’interrompt plus le silence pensifQue l’âme de la nuit soupirant dans les herbes.Là-bas, naissant du pâle azur, voici Vesper.Debout et l’un sur l’autre épars comme deux gerbes,Nous semblons nous cacher déjà de l’âpre hiver ;Et c’est du fond de l’ombre où notre amour se mureQue nous prêtons, joignant les mains, fermant les yeux,Une oreille rêveuse au son d’une voix pureQui s’élève des champs au loin silencieux.