Chant de guerre circassien

François Édouard Joachim Coppée (1842–1908)

Du Volga sur leurs bidets grêlesLes durs Baskirs vont arriver.Avril est la saison des grêles,Et les balles vont le prouver.

Les neiges ont fini leurs fontes,Les champs sont verts d’épis nouveaux ;Mettons les pistolets aux fontesEt les harnais d’or aux chevaux.

Que le plus vieux chef du CaucaseBourre, en présence des aînés,Avec le vélin d’un ukaseLes longs fusils damasquinés.

Qu’on ait le cheval qui se cabreSous les fourrures d’Astracan,Et qu’on ceigne son plus grand sabre,Son sabre de caïmacan.

Laissons les granges et les forges.Que les fusils de nos aïeuxFrappent l’écho des vieilles gorgesDe leur pétillement joyeux.

Et vous, prouvez, fières épouses,Que celles-là que nous aimonsAussi bien que nous sont jalousesDe la neige vierge des monts.

Adieu, femmes, qui serez veuves ;Venez nous tendre l’étrier ;Et puis, si les cartouches neuvesNous manquent, au lieu de prier,

Au lieu de filer et de coudre,Pâles, le blanc linceul des morts,Au marchand turc pour de la poudreVendez votre âme et votre corps.