Les tristes considérations

Tristan L’Hermite (1601–1655)

Les Amours de Tristan

PVISQVE par mes deuoirs, inhumaine Siluie,Voſtre rigueur s’irrite auec tant de tranſport,Apres tant de deuoirs, ie voy bien que ma mortSera le triſte prix de vous auoir ſeruie.

Ie veux bien contenter voſtre cruelle enuie,Et finir d’vn beau coup vn ſi funeſte Sort,Eſteignant deuant vous par vn dernier effort,Le feu de mon amour, & celuy de ma vie.

Mais, helas ! ie crains bien qu’vn ſouuenir ſi beauMe perſecute encore au delà du tombeau,Pourſuiuant mon eſprit ſur les riuages ſombres ;

Et qu’vn eſloignement m’afflige deſormais,Car de vous penſer voir en l’Empire des Ombres,Les Aſtres comme vous n’y deſcendent iamais.