593. À SA NIÈCE CAROLINE.
Croisset, samedi soir [décembre] 1858.
Mon pauvre Chat,
Je m’ennuie beaucoup de ta petite personne. Aussi ta lettre m’a fait grand plaisir ; écris-moi le plus souvent que tu pourras, et le plus longuement possible.
Dis-moi si l’Anglaise qui te donne des leçons te plaît : fais-moi son portrait. Je compte que l’on me régalera à mon arrivée d’un trio piano, violon et cor de chasse. J’aimerais à te voir te débattant entre deux musiciens.
Maman t’a-t-elle conduite à une gymnastique ?
Je n’ai aucune nouvelle à t’apprendre, car je ne vois pas un chat. On a découvert, dans le jardin, un lapin sauvage qui s’est réfugié là. J’ai empêché qu’on ne le tuât.
Voilà quatre jours que Narcisse et Édouard s’occupent à abattre et à fendre du bois : aussi vais-je avoir un bûcher bien garni.
Au milieu de ma solitude, j’ai eu ce matin un événement bien agréable, à savoir la visite de l’horloger. Il m’a encore parlé du temps (qu’il trouve toujours beau), mais comme je dormais encore à moitié, je crois avoir perdu deux ou trois rognonnements de la fin. Quel dommage ! en voilà maintenant pour quinze jours ! C’est long à attendre.
Je suis bien aise que les Récits mérovingiens t’amusent ; relis-les quand tu auras fini ; apprends des dates, tu as tes programmes, et passe tous les jours quelque temps à regarder une carte de géographie.
Ma lettre t’arrivera demain soir au moment où vous vous mettrez à table ; je boirai, de mon côté, tout seul, à votre santé.
Adieu, mon pauvre Caro. Sois bien gentille et pense à
Ton vieux qui t’embrasse.