908. À EUGÈNE CRÉPET.
[Paris] vendredi soir [mars ou avril 1867].
Mon Ami très cher,
Vous êtes bien aimable, mais bien pressé ! Cela me flatte, mais me gêne. Pour avoir fait une promesse de pareille nature à Charles-Edmond, je me suis reculé d’un an dans la confection de Salammbô ! Si je vous répondais par un oui formel, il en serait de même pour le roman auquel je suis attelé. J’ai besoin, pour travailler, de la plus complète liberté d’esprit ; ce qui chauffe les autres me glace, ce qui les anime me paralyse. Ma haine pour la typographie est telle que je n’aime pas à entrer dans une imprimerie et que j’ignore la manière de corriger les épreuves. Je vous réponds donc brutalement : laissez-moi tranquille, ou autrement je n’en finirai jamais.
Vous ne doutez pas que je n’aie envie 1 d’entrer dans votre papier, puisqu’il est vôtre, et 2 de gagner quelques piastres avec ma copie. Voilà deux vérités qui me semblent incontestables.
Mon bouquin ne peut être fini avant la fin de 1869, ainsi vous avez du temps. Quant à revoir mon traité avec Lévy, je ne l’ai pas sous la main ; il est à Croisset. Voulez-vous venir me voir un de ces matins (avant midi) à partir de mardi ou mercredi prochain ? Je ne vous donne rendez-vous ni dimanche ni lundi, parce que je serai absent ces deux jours-là. Je suis content que vous vous soyez arrangé avec M. de Maricourt.
Mille poignées de main et tout à vous.