Correspondance de Gustave Flaubert — Tome 5 — 0975

Gustave Flaubert (1821–1880)

975. À LA PRINCESSE MATHILDE.

Croisset, dimanche [juillet 1868].

J’ai un peu tardé à répondre à Votre Altesse parce que je voulais savoir l’époque précise où il me sera possible d’aller chez elle.

Je compte donc, Princesse, user de votre hospitalité dans la dernière semaine de ce mois. J’espère néanmoins vous voir d’ici-là. Dans une huitaine de jours, probablement, j’irai vous faire une petite visite. Je ne vous ai pas vue depuis la fin de mai ; c’est long pour moi.

Mais l’histoire de la fameuse page se répand ! On m’a envoyé ce matin un numéro du Figaro où l’anecdote est racontée ! On vous y prête un mot assez drôle et qui, n’étant pas bête, doit être vrai.

J’ai reçu, il y a quelques jours, une lettre des de Goncourt. Ils me parlent fort peu de leur santé et beaucoup de leur nouvelle maison. J’ai peur de retrouver encore les maçons dans la mienne. Mais la perspective de Saint-Gratien me calmera.

Quant à l’ami Taine, vous avez raison, il sera heureux quand même. Je ne le crois pas capable de sentiments violents. Une grande souffrance et une grande ivresse doivent lui être étrangers. Tant mieux pour lui. Ne trouvez-vous pas qu’il a l’air né marié ?

C’est un homme moderne ; moi, je suis un fossile. Il est plein de calme et de raison. Moi, un rien me trouble et m’agite. Donc je l’envie profondément.

Je me mets à vos pieds, Princesse, et vous baise les deux mains, en étant votre très affectionné.