Correspondance de Gustave Flaubert — Tome 6 — 1135

Gustave Flaubert (1821–1880)

1135. À ERNEST FEYDEAU.

Croisset, lundi 17, soir [17 octobre 1870].

Mon cher Vieux,

Que veux-tu que je te dise ? Je vis encore puisqu’on ne meurt pas de chagrin. Sans comparer mon malheur au tien, je crois que je suis bien à plaindre, à cause de ma « sensibilité » comme on eût dit jadis.

Nous attendons les Prussiens. Nous attendons, les jours se passent ainsi : on se ronge le cœur.

Quelquefois l’espoir me reprend, puis je retombe.

Le présent est abominable et l’avenir farouche.

Sera-t-on bête d’ici à longtemps ! Je n’ai que la force de t’embrasser.