Excelsior

Henry Wadsworth Longfellow (1807–1882)

EXCELSIOR.

De la nuit dru tombaient les ombresQuand un Jouvencel traversaitDes Alpes les défilés sombresAvec une bannière étrange qui portait :Excelsior !

Son front était plein de pensées.Et son œil lançait des éclairs ;C’étaient comme des voix passéesCes étranges accents qu’il jetait dans les airs :Excelsior !

Il vit maintefois la lumièreDe foyer chauds, brillants, heureux;Au-dessus, spectre séculaireLa glace miroitait ; et lui de dire aux cieux :Excelsior !

“ Arrête ! ” ! lui dit la vieillesse,“ La tempête bruît la haut,Le torrent coule avec rudesse ”…Mais dominant le Temps la voix dit aussitôt :Excelsior !

“ Repose, ” lui dit la jeunesse,“Ton front alourdi sur mon cœur !”Dans son œil vif un pleur d’ivressePerla ; — mais lui soudain reprit avec ardeur :Excelsior !

“ Gare à l’effrayante avalanche,Et gare a la branche de pin ! ”C’était le vœu d’une âme franche !Mais des hauteurs du roc ce mot tomba soudain :Excelsior !

Le jour épandait la lumièreQue les moines de Saint BernardAu ciel élevaient leur prière,Quand ce cri retentit à travers le brouillard :Excelsior !

Un voyageur parmi la neigeTrouvé par un bon chien, gisait,Tenant dans sa main comme un pleigeCette même bannière étrange qui portait :Excelsior !

Dans le froid et gris crépusculeIl gît inanimé, mais beau ;Lors du ciel sur le monticuleComme d’un saint écho roula ce mot nouveau :Excelsior !