Charles Cros (Tailhade)

Laurent Tailhade (1854–1919)

Mille étés et mille hiversPasseront sur l’univers,Sans que du poète-dieuLi-Taï-Pé meurent les versDans l’Empire du Milieu.

« Au bord du ruisseau croit un saule qui mire ses feuilles grises dans la glace du courant. Avec ce feuillage, elle avait fait une fantasque couronne de renoncules, d’orties et de marguerites et de ces longues fleurs pourpres que des bergers licencieux nomment d’un nom grossier, mais que nos froides vierges appellent « doigts d’hommes morts ». Alors, comme elle grimpait pour suspendre la sauvage couronne aux rameaux inclinés, une branche envieuse s’est cassée, et tous ces trophées champêtres sont, comme elle, tombés dans le ruisseau en pleurs. »

Bois frissonnant, ciel étoilé,Mon bien-aimé s’en est alléEmportant mon cœur désolé.

Bois, que vos plaintives rumeurs,Que vos chants, rossignols charmeurs,Aillent lui dire que je meurs !...

Puisque je n’ai plus mon ami,Je mourrai dans l’étang parmiLes fleurs, sous le flot endormi...