Thébaïde

Louis Ménard (1822–1901)

Le Parnasse contemporain — 1866

Quand notre dernier rêve est à jamais parti,Il est une heure dure à traverser : c’est l’heureOù ceux pour qui la vie est mauvaise ont sentiQu’il faut bien qu’à son tour chaque illusion meure.

Ils se disent alors que la part la meilleureEst la part de l’ascète au cœur anéanti ;Ils cherchent au désert la paix intérieure,Mais cette fois encor l’espérance a menti.

J’ai voulu vivre ainsi, sans amour et sans haine,Et j’ai fermé mon âme au désir, qui n’amèneQue le regret, souvent le remords, après lui :

Mais je ne trouve, au lieu de la béatitude,Au lieu du ciel rêvé dans l’âpre solitude,Que la morne impuissance et l’incurable ennui.