Les Deux Épis
Le Parnasse contemporain — 1876
Deux épis se montraient naguèreL’un près de l’autre au champ jauni ;L’un se tenait droit comme un I,Sa charge étant assez légère ;L’autre paraissait accablé,Tant il portait de grains de blé.Heureux les pauvres que nous sommes !Les trésors du monde sont lourds,Et trop de bien pèse toujoursSur les épis et sur les hommes.
On pourrait tirer de ceciUne autre leçon que voiciEt qui me paraît moins vulgaire ;
L’épi qui penche est le meilleur :Il a son poids et sa valeur,Tandis que l’autre n’en a guère.Je crois qu’ici-bas plus on vaut,Plus on est modeste et timide :Et que pour porter le front hautIl ne faut qu’une tête vide.