Chanson triste
Joies errantes
À Jules Bois.
Dans les cyprèsQue le vent du soir balance,Dans les cyprèsUne voix plaintive y chante,Y chante des berceuses joliesAux pauvres morts endormis.Elle dit aux belles,Qui sont couchées rêvant,Elle dit aux belles :« Sont partis vos amantsVers d’autres belles,Leur jurant mêmes serments. »Dans les cyprèsQue le doux matin arrose.Dans les cyprèsUne triste voix y cause :
« Ne vous réveillez pas,Ô pauvres morts dormants.Car votre place, las !Est prise depuis longtemps.« Rêvez du temps charmant,De vos belles années.Rêvez des frais printempsPour toujours en allésEt de ces bouquets blancsÀ jamais effeuillésAvec les chers baisersPar vos fiancées donnés. »Dans les cyprèsUne voix tendre y pleure,Dans les cyprèsUne voix tendre y gémit.Et vous, enfants petits,Aux mères arrachésPar la méchante mort,Vous-mèmes êtes oubliés ;D’autres fils sont couchésDans vos berceaux d’osier.