Le Lamento des tourterelles

Maurice Rollinat (1846–1903)

Dans les brandes, poèmes et rondels

XCVIIILE LAMENTO DES TOURTERELLES

Par les ombres du crépusculeEt sous la lune de minuit,Quelle tristesse au fond du bruitQue la campagne inarticule,Et comme alors il vous poursuitDe la ravine au monticule,Ce râle exhalé par l’ennuiDes tourterelles !

L’arbre s’effare et gesticuleAussi vaguement qu’il bruit ;Dans l’herbe un frisson brun circule ;L’eau n’est plus qu’un brouillard qui luit,Et le vent tiède véhiculeÀ l’écho qui le reproduitLe roucoulement minusculeDes tourterelles !Et moi, que la douleur conduit,Je mêle à ces voix de la nuitMa plainte horrible où s’inoculeTout le regret du temps qui fuitEt du passé qui se recule.