Paroles du matin
L’Angelus des sentes
Paroles du matin
À Maurice Le Blond
V
Vous la voyez souriante, heureuse et pleine de lumières…Et chaque goutte de votre sang chante un hymne.
Eugène Montfort
Vierge ! à l’heure gaieOù le dieu des haiesOrdonne à ses fleursDe s’entr’ouvrir toutesPour calmer les doutesEt sécher les pleurs,
Tes bras de prièreLaissent aux clairièresLeur fumant burnous,Et dans la ramureDes airelles mûres,Tu brilles pour nous !Nos lèvres murmurentDes cadences puresLorsque nous voyonsTa robe sacréeQue l’aube a paréeD’éclatants rayons.Tu gardes l’amphoreD’où jaillit l’auroreDes joies qui seront,Tu tends les couronnesQue Phébus te donnePour sacrer nos fronts.
Sur la terre arideTa venue candideSema des voix d’orDont la belle flammeEst faite de l’âmeDe tous les dieux morts.Tu construis nos voiesDu ciel qui flamboieDans tes yeux d’azur,Et tes bleues colombesPosent sur les tombesDes sourires sûrs.Tu chantes la vieDéesse assouvieDe divins desseins !Aux statues de GrèceTu pris l’allégresseQui luit sur tes seins.
Les hommes qu’enlaceLa misère lasse,Ne sont plus rivaux,Car la terre entièreA bu la lumièreDe ton cœur nouveau !La terre est roséeComme une épousée.Tu mis, quand tu vins,Des mannes de rêveSur toutes les grèvesEt tous les ravins.Quand tu nous conviesAux joûtes raviesDes rythmes précis,Nous voyons renaître,Sous l’azur des hêtres,Les soirs d’Éleusis.
Partout où tu passesTu répands la grâceDe tes belles mains,Et ta bouche enfanteL’aube triomphanteDes heureux demains.Tu nous as dit : « FaitesQue toutes vos fêtesSoient pour les lépreux !Chantez, puisqu’ils souffrentSur le bord du gouffre,Des hymnes pour eux !Devant les cieux videsQue vos voix splendidesRendent l’homme doux.Dans vos divins codesInscrivez des odesQu’on lise à genoux.
Et faites l’offrandeDe vos âmes grandes,Car vous seuls avezLa brûlante forceQui fondra l’écorceDes humains névés. »Et depuis, nos LyresOnt les grands souriresDe beaux lys vermeils.Par les routes sombresNous clamons dans l’ombreDes cris de soleil,Pour qu’aux ondes neuvesLe monde s’abreuve,Et qu’à tes clartésToute joie fleurisse,— Pure CréatriceDe toute beauté !