Traduction Séguier — 27
Traducido del latín por Ulysse de Séguier
Les Amours
Ô Cupidon, archer qui me vises sans cesse,Enfant hostile à mon repos,Que t’a fait un soldat formé sous tes drapeaux ?À leur ombre, ton arc me blesse.Pourquoi brûler, percer tes amis, entre tous ?Vaincre un rebelle est l’excellence.Quoi donc ! ne vit-on pas Achille avec sa lanceDe sa lance guérir les coups ?
Laissant le gibier pris, le chasseur ubiquisteAux fuyards attache ses pas.Nous, ton peuple, éprouvons la vigueur de ton bras,Paresseux « pour qui te résiste.Que te sert d’émousser tes flèches sur mes os ?L’amour m’assimile aux squelettes.Sans amour il est tant de garçons, de fillettes :Vaincs-les, tes lauriers seront beaux.En ne déployant pas ses forces hors du Tibre,Rome restait un petit bourg.Le vétéran lassé se dédie au labour ;Au vert bondit le coursier libre.Un port vaste reçoit le vaisseau ballotté ;Les lutteurs vieillis s’affranchissent :Et moi, que les baisers depuis longtemps pâlissent,Je n’aurais pas ma liberté !
Mais qu’un dieu me l’accorde, et je reprends ma chaîne,Tant ce servage a de douceur. !Suis-je repu d’amour et veuf de toute ardeur,Je ne sais quel vide m’entraîne.Tel l’écuyer qu’au gouffre emporte un dur chevalDont il saccade en vain la bride ;Tel l’esquif atterri qu’à la plaine liquideRejette un coup de vent fatal :Au souffle ardent d’Éros ainsi partout je roule,Et l’archer blond me court après.Frappe, enfant : désarmé, mon corps s’offre à tes traits ;
Qu’ici ta main les plonge en foule.Voilà mon sein, tes dards y vont spontanément ;Mieux que ton carquois il les loge…Malheureux le cœur mou qui son sommeil proroge,Disant le somme un agrément IÔ fou ! qu’est-il, sinon de la mort une image ?Le sort t’en garde un éternel.De mon bien, moi, je veux maint serment solennel :L’espoir au moins flatte, encourage.Je veux que l’on caresse et gronde tour à tour,Qu’on me repousse et qu’on se livre.Si Mars est inconstant, c’est que son fils l’enivre ;Mars t’imite, ô volage Amour.Ton esprit est léger cent fois plus que tes ailes ;Tu donnes, reprends les plaisirs.Mais si Vénus et toi secondez mes désirs,Toujours règne en mes sens fidèles.Dompte toutes beautés : et puceaux et pucellesTe consacreront leurs loisirs.