Le rat et le pâté
Fables canadiennes — 05
LE RAT ET LE PÂTÉ.
Un rat qui voyageait du grenier à la cave,Pour sa santé,Fut enchantéDe sentir tout à coup l’odeur la plus suave.Il passait en effetVis-à-vis un buffetOù, depuis un instant, la vieille cuisinièreAvait apportéUn large pâté.
— Chacun son goût, dit-il, et chacun sa manière :Moi j’accepte le bienQu’on me donne pour rien,Et ce pâté, je crois, vaut que je m’arrête en route.Mais je serai bon ratEt pas du tout ingrat,Je mangerai la mie et laisserai la croûte.Puis tout en devisantDe ce ton suffisant,Il cherchait dans les coins un facile passage ;Mais il eut beau chercherTout autour du plancherIl n’aperçut nul trou dont il put faire usage.— Bah ! je vais en faire un :Si je travaille à jeunJe mangerai, dit-il, joliment davantage ;Le pâté, tendre ou dur,Y passera bien sûr,Et personne avec moi ne fera de partage.Il se mit à rongerSans nullement songerQu’un chat couché là-haut pouvait fort bien l’entendre.
Le matou bon sujetDevina son projet,Se blottit dans un coin et résolut d’attendre.Or, le rat imprudentD’un dernier coup de dentAchève l’ouverture ; il se montre la tête ;Le chat l’attrape alorsEt l’amène au dehors :— Nous serons deux, dit-il, pour terminer la fête ;J’ai comme toi, petit,Assez bon appétit.
Quand l’espoir d’un plaisir ou d’un gain vous appelle,N’allez pas au dangerD’un cœur vain ou léger,N’exposez pas vos jours pour une bagatelle.