Ode secrète

Paul Valéry (1871–1945)

Chute superbe, fin si douce,Oubli des luttes, quel déliceQue d’étendre à même la mousseAprès la danse, le corps lisse !

Jamais une telle lueurQue ces étincelles d’étéSur un front semé de sueurN’avait la victoire fêté !

Mais touché par le Crépuscule,Ce grand corps qui fit tant de choses,Qui dansait, qui rompit Hercule,N’est plus qu’une masse de roses !

Dormez, sous les pas sidéraux,Vainqueur lentement désuni,Car l’Hydre inhérente au hérosS’est éployée à l’infini…

Ô quel Taureau, quel Chien, quelle Ourse,Quels objets de victoire énorme,Quand elle entre aux temps sans ressourceL’âme impose à l’espace informe !

Fin suprême, étincellementQui, par les monstres et les dieux,Proclame universellementLes grands actes qui sont aux Cieux !