Filles
Femmes
Filles I
Bonne simple fille des ruesCombien te préféré-je aux gruesQui nous encombrent le trottoirDe leur traîne, mon décrottoir,Poseuses et bêtes poupéesRien que de chiffons occupéesOu de courses et de parisFléaux déchaînés sur Paris !Toi, tu m’es un vrai camaradeQui la nuit monterait en gradeEt même dans les draps câlinsGarderait des airs masculins,Amante à la bonne franquette,L’amie à travers la coquetteQu’il te faut bien être un petitPour agacer mon appétit.Oui, tu possèdes des manièresSi farceusement garçonnièresQu’on croit presque faire un péché(Pardonné puisqu’il est caché).Sinon que t’as les fesses blanches,De frais bras ronds et d’amples hanchesEt remplaces que tu n’as pasPar tant d’orthodoxes appas.T’es un copain tant t’es bonne âme,Tant t’es toujours tout feu, tout flammeS’il s’agit d’obliger les gensFût-ce avec tes pauvres argentsJusqu’à doubler ta rude ouvrage,Jusqu’à mettre du linge en gage !Comme nous t’as eu des malheurs,Et tes larmes valent nos pleursEt tes pleurs mêlés à nos larmesOnt leurs salaces et leurs charmes,Et de cette pitié que tuNous portes sort une vertu.
T’es un frère qu’est une dameEt qu’est pour le moment ma femme…Bon ! Puis dormons jusqu’à potron-Minette, en boule et ron, ron, ron !Serre-toi que je m’acoquineLe ventre au bas de ton échineMes genoux emboîtant les tiensTes pieds de gosse entre les miens.Roule ton cul sous ta chemiseMais laisse ma main que j’ai miseAu chaud sous ton gentil tapis.Là ! Nous voilà cois, bien tapis.Ce n’est pas la paix, c’est la trêve.Tu dors ? Oui. Pas de mauvais rêve.Et je somnole en gais frissons,Le nez pâmé sur tes frissons.
II
Et toi, tu me chausses aussi,Malgré ta manière un peu rudeQui n’est pas celle d’une prudeMais d’un virago réussi.Oui, tu me bottes, quoique tuGargarises dans ta voix d’hommeToutes les gammes de rogomme,Buveuse à coudes rabattus !Ma femme ! Sacré nom de Dieu !À nous faire perdre la têteNous foutre tout le reste en fêteEt, nom de Dieu, le sang en feu.Ton corps dresse, sous le reps noir,Sans qu’assurément tu nous triches,Une paire de ninais richesSouples, durs, excitants, faut voir !Et moule un ventre jusqu’au basEntre deux friands haut-de-cuisse,Qui parle de sauce et d’épicePour quel poisson de quel repas !Tes bas blancs — et je t’applaudisDe n’arlequiner point tes formes —Nous font ouvrir des yeux énormes
Sur des mollets que rebondis !Ton visage de brune où lesTraces de robustes fatiguesMarquent clairement que tu briguesSurtout le choc des mieux râblés,Ton regard ficelle et gobeurQui sait se mouiller puis qui mouilleOù toute la godaille grouilleSans reproche, ô non ! mais sans peur.Toute ta figure — des piedsCambrés vers toutes les étreintesAux traits crépis, aux mèches teintes,Par nos longs baisers épiés —Ravigote les roquentinsEt les ci-devant jeunes hommesQue voilà bientôt que nous sommes,Nous électrise en vieux pantins,Fait de nous de vrais bacheliersEmpressés auprès de ta croupe,Humant la chair comme une soupe,Prêts à râler sous tes souliers !Tu nous mets bientôt à quia,Mais, patiente avec nos restes,Les accommode, mots et gestes,En ragoût où de tout il y a.Et puis quoique mauvaise au fond,Tu nous as de ces indulgences !Toi, si teigne entre les engeances,Tu fais tant que les choses vont.Tu nous gobes (ou nous le dis)Non de te satisfaire, ô goule !Mais de nous tenir à la couleD’au moins les trucs les plus gentils.Ces devoirs nous les déchargeons,Parce qu’au fond tu nous violes,Quitte à te fiche de nos fiolesAvec de plus jeunes cochons.