Conseil Falot

Paul Verlaine (1844–1896)

Jadis et naguère (1884)

V

À Raoul Ponchon

Brûle aux yeux des femmesEt garde ton cœur,Mais crains la langueurDes épithalames.Bois pour oublier !L’eau-de-vie est uneQui porte la luneDans son tablier.L’injure des hommes,Qu’est-ce que ça fait ?Va, notre cœur saitSeul ce que nous sommes.

Ce que nous valons,Notre sang le chante !L’épine méchanteTe mord aux talons ?Le vent taquin oseTe gifler souvent ?Chante dans le ventEt cueille la rose !Va, tout est au mieuxDans ce monde pire !Surtout laisse dire,Surtout sois joyeuxD’être une victimeÀ ces pauvres gens :Les dieux indulgentsOnt aimé ton crime !Tu refleurirasDans un élysée.Âme méprisée,Tu rayonneras !

Tu n’es pas de cellesQu’un coup de destinDissipe soudainEn mille étincelles.Métal dur et clair,Chaque coup t’affineEn arme divinePour un destin fier.Arrière la forge !Et tu vas frémirVibrer et jouirAu poing de saint GeorgeEt de saint Michel,Dans des gloires calmes,Au vent pur des palmesSur l’aile du ciel !…C’est d’être un sourireAu milieu des pleurs,C’est d’être des fleursAu champ du martyre,

C’est d’être le feuQui dort dans la pierre,C’est d’être en prière,C’est d’attendre un peu !