Vers pour être calomnié

Paul Verlaine (1844–1896)

Jadis et naguère (1891) — Jadis

Ce soir je m’étais penché sur ton sommeil.Tout ton corps dormait chaste sur l’humble lit,Et j’ai vu, comme un qui s’applique et qui lit,Ah ! j’ai vu que tout est vain sous le soleil !

Qu’on vive, ô quelle délicate merveille,Tant notre appareil est une fleur qui plie !Ô pensée aboutissant à la folie !Va, pauvre, dors, moi, l’effroi pour toi m’éveille.

Ah ! misère de t’aimer, mon frêle amourQui vas respirant comme on respire un jour !Ô regard fermé que la mort fera tel !

Ô bouche qui ris en songe sur ma bouche,En attendant l’autre rire plus farouche !Vite, éveille-toi. Dis, l’âme est immortelle ?