Toute grâce et toutes nuances
La Bonne Chanson (1891)
II
Toute grâce et toutes nuancesDans l’éclat doux de ses seize ans,Elle a la candeur des enfancesEt les manèges innocents.Ses yeux qui sont les yeux d’un ange,Savent pourtant, sans y penser,Éveiller le désir étrangeD’un immatériel baiser.
Et sa main, à ce point petiteQu’un oiseau-mouche n’y tiendrait,Captive, sans espoir de fuite,Le cœur pris par elle en secret.L’intelligence vient chez elleEn aide à l’âme noble ; elle estPure autant que spirituelle :Ce qu’elle a dit, il le fallait !Et si la sottise l’amuseEt la fait rire sans pitié,Elle serait, étant la muse,Clémente jusqu’à l’amitié,Jusqu’à l’amour — qui sait ? peut-être,À l’égard d’un poète éprisQui mendierait sous sa fenêtre,L’audacieux ! un digne prix
De sa chanson bonne ou mauvaise !Mais témoignant sincèrement,Sans fausse note et sans fadaise,Du doux mal qu’on souffre en aimant.