Ils me disent que tu me trompes

Paul Verlaine (1844–1896)

Odes en son honneur

Ils me disent que tu me trompes.D’abord, qu’est-ce que ça leur fait ?Chère frivole, que tu rompesUn serment que tu n’as pas fait ?

Ils me disent que t’es méchanteEnvers moi, — moi, qui suis si bon !Toi méchante ! Qu’un autre chanteCe refrain très loin d’être bon

Méchante, toi qui toujours m’offresUn sourire amusant toujours,Toi, ma reine, qui de tes coffresMe puise des trésors toujours.

Ils me disent et croient bien dire,Ô toi que tu ne m’aimes pas ?Que m’importe, j’ai ton sourire,Et puis tu ne m’aimerais pas ?

Tu ne m’aimes ? Et la grâceEt la force de ta beauté.Tu me les donnes, grande et grasseEt voluptueuse beauté.

Tu ne m’aimes pas ? Et quand mêmeCe serait vrai, qu’est-ce que fait ?« Si tu ne m’aimes pas, je t’aime. »— Mais tu m’aimes, dis, par le fait.