Nevermore (2)

Paul Verlaine (1844–1896)

Poèmes saturniens (1866)

NEVERMORE

Allons, mon pauvre cœur, allons, mon vieux complice,Redresse et peints à neuf tous tes arcs triomphaux ;Brûle un encens ranci sur tes autels d’or faux ;Sème de fleurs les bords béants du précipice ;Allons, mon pauvre cœur, allons, mon vieux complice !

Pousse à Dieu ton cantique, ô chantre rajeuni ;Entonne, orgue enroué, des Te Deum splendides ;Vieillard prématuré, mets du fard sur tes rides ;Couvre-toi de tapis mordorés, mur jauni ;Pousse à Dieu ton cantique, ô chantre rajeuni.Sonnez, grelots ; sonnez, clochettes ; sonnez, cloches !Car mon rêve impossible a pris corps, et je l’aiEntre mes bras pressé : le Bonheur, cet ailéVoyageur qui de l’Homme évite les approches,— Sonnez, grelots ; sonnez, clochettes ; sonnez, cloches !Le Bonheur a marché côte à côte avec moi ;Mais la FATALITE ne connaît point de trêve :Le ver est dans le fruit, le réveil dans le rêve,Et le remords est dans l’amour : telle est la loi.— Le Bonheur a marché côte à côte avec moi.