« La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles »

Paul Verlaine (1844–1896)

Sagesse (1902)

La vie humble aux travaux ennuyeux et facilesEst une œuvre de choix qui veut beaucoup d’amour :Rester gai quand le jour triste succède au jour,Être fort, et s’user en circonstances viles ;

N’entendre, n’écouter aux bruits des grandes villesQue l’appel, ô mon Dieu, des cloches dans la tour,Et faire un de ces bruits soi-même, cela pourL’accomplissement vil de tâches puériles ;

Dormir chez les pécheurs étant un pénitent ;N’aimer que le silence et converser pourtantLe temps si grand dans la patience si grande,

Le scrupule naïf aux repentirs têtus,Et tous ces soins autour de ces pauvres vertus !— Fi, dit l’Ange Gardien, de l’orgueil qui marchande !