Cruelle, il suffisoit de m’avoir pouldroyé

Pierre de Ronsard (1524–1585)

Cruelle, il suffisoit de m’avoir pouldroyé,Outragé, terrassé, sans m’oster l’esperance.Tousjours du malheureux l’espoir est l’asseurance :L’amant sans esperance est du tout fouldroyé.L’espoir va soulageant l’homme demy-noyé :L’espoir au prisonnier annonce delivrance :Le pauvre par l’espoir allege sa souffrance :Rien meilleur que l’espoir du Ciel n’est envoyé.Ny d’yeux, ny de semblant vous ne m’estes cruelle :Mais par l’art cauteleux d’une voix qui me gelle,Vous m’ostez l’esperance, et desrobez mon jour.O belle cruauté, des beautez la premiere,Qu’est-ce parler d’Amour, sans point faire l’amour,Sinon voir le Soleil sans aimer sa lumiere ?