Quand à longs traits je boy

Pierre de Ronsard (1524–1585)

Le premier livre des Sonnets pour Hélène

II

Quand à longs traits je boy l’amoureuse estincelleQui sort de tes beaux yeux, les miens sont esblouis :D’esprit ny de raison troublé je ne jouis,Et comme yvre d’amour tout le corps me chancelle.Le cœur me bat au sein, ma chaleur naturelleSe refroidit de peur : mes Sens esvanouisSe perdent tous en l’air, tant tu te resjouisD’acquérir par ma mort le surnom de cruelle.Tes regards foudroyans me percent de leurs raisLa peau le corps le cœur, comme poinctes de traisQue je sens dedans l’ame : et quand je me veux plaindre,Ou demander mercy du mal que je reçois.Si bien ta cruauté me reserre la voisQue je n’ose parler tant tes yeux me font craindre.