Poème 115

Pierre de Ronsard (1524–1585)

Les Amours (1553)

Bien que sis ans soient ja coulés derriereDepuis le jour que l’homicide trait,Au fond du coeur, m’engrava le portraitD’une humble-fiere, & fiere-humble guerriere:

Si suis-je heureus d’avoir veu la lumiereEn ces ans tars, pour avoir veu le traitDe son beau front, qui les graces attraitPar une grace aus Graces coutumiere.

Le seul Avril de son jeune printans,

Endore, emperle, enfrange nostre tans,Qui n’a seu voir la beauté de la belle,

Ni la vertu, qui foisonne en ses yeus,Seul je l’ay veüe, aussi je meur pour elle,Et plus grand heur ne m’ont donné les cieus.

Si ce grand Dieu, le pere de la lyre,Qui va bornant aus Indes son reveil,Ainsi qui d'un oeil mal apris au someilDe çà de là, toutes choses remire,