Poème 120

Pierre de Ronsard (1524–1585)

Les Amours (1553)

Non la chaleur de la terre, qui fumeBéant de soif au creus de son profond :Non l'Avantchien, qui tarit jusqu'au fondLes tiedes eaus, qu'ardant de soif il hume :

Non ce flambeau qui tout ce monde alumeD'un bluëtter qui lentement se fond,Bref ni l'esté, ni ses flames ne fontCe chaut brazier qui m'enbraize & consume.

Vos chastes feus, esprits de vos beaus yeus,Vos dous éclairs qui rechaufent les dieus,Seuls de mon feu eternizent la flame :

Et soit Phoebus attelé pour marcherDevers le Cancre, ou bien devers l'Archer,Vôtre oeil me fait un esté dans mon ame.