Poème 159

Pierre de Ronsard (1524–1585)

Les Amours (1553)

Voici le bois, que ma sainte AngeletteSus le printans anime de son chant,Voici les fleurs que son pie va marchantLors que pensive elle s’esbat seulette.

Iö voici la prée verdelette,Qui prend vigueur de sa main la touchant,Quand pas à pas pillarde va cherchantLe bel émail de l’herbe nouvelette.

Ici chanter, là pleurer je la vi,Ici sourrire, & là je fu raviDe ses beaus yeus, par lesquels je desvie:

Ici s’asseoir, là je la vi dancer:Sus le mestier d’un si vague penserAmour ourdit les trames de ma vie.