Poème 169
Les Amours (1553)
Or que le ciel, or que la terre est pleine,De glas, de graele esparse en tous endrois,Et que l’horreur des plus froidureus moisFait herisser les cheveus de la plaine.
Or que le vent, qui mutin se promeineRomt les rochers, & desplante les bois,Et que la mer redoublant ses abois,Contre les bors sa plus grand rage ameine,
Amour me brulle, & l’hyver froidureus,Qui gele tout, de mon feu chaleureusNe gele point l’ardeur qui toujours dure:
Voiés, Amans, comme je suis traitté,Je meurs de froid au plus chaut de l’Esté,Et de chaleur au coeur de la froidure.