Poème 76
Les Amours (1553)
Je parangonne à vos yeus ce crystal,Qui va mirer le meurtrier de mon ame:Vive par l'aer il éclate une flame,Vos yeus un feu qui m'est saint et fatal.Heureus miroer, tout ainsi que mon malVient de trop voir la beauté qui m'enflame:Comme je fai, de trop mirer ma DameTu languiras d'un sentiment egal.Et toutefois, envieus, je t'admire,D'aller mirer le miroer où se mireTout l'univers dedans lui remiré.Va donq, miroer, va donq, et pren bien gardeQu'en le mirant ainsi que moi ne t'arde,Pour avoir trop ses beaus yeus admiré.