Poème 91

Pierre de Ronsard (1524–1585)

Les Amours (1553)

De ses cheveus la rousoiante AuroreEparsement les Indes remplissoit,Et ja le ciel à lons traits rougissoitDe maint émail qui le matin decore.

Quand elle vit la Nymfe que j'adoreTresser son chef, dont l'or qui jaunissoit,Le crespe honneur du sien esblouissoit,Voire elle mesme & tout le ciel encore.

Lors ses cheveus, vergogneuse arracha,Si qu'en pleurant sa face elle cacha,Tant la beauté des beautés lui ennuie :

Et ses soupirs parmi l'aer se suivans,Trois jours entiers enfanterent des vensSa honte un feu, & ses yeus une pluie.