Hymne pour la Couronne

Raymond de La Tailhède (1867–1938)

De la métamorphose des fontaines

Il le faut, je te prie, ô Silence, dénoueCe lien d’une année à mon carquois mêlé.Que d’un accent plus fort j’aille gonflant ma joueEt que le but soit prompt où ma flèche a volé.

Prophétique au parlant feuillage de DodoneQu’agite un dieu muet sur les chênes vermeils,Ô Silence, à présent, que la corde résonneD’une lyre et d’un arc en leurs travaux pareils.Je dirai le laurier chéri des Piérides,Afin que, par mes vœux,Clio n’ayant ouvert pour moi des bois arides,J’en courbe à tes cheveux ;Que je t’honore enfin, célébrant la Victoire,Puisque tu n’as laisséRien de grand qui ne fût, dans l’humaine mémoirePar tes vers dépassé ;

D’un cœur athénien et d’un français courage,Moréas, ne vas-tu,Des sots te retirant, lever en ton ouvrageCe Ronsard abattu,Ce Vendômois, orgueil des Princes et le nôtre,Qui prit dedans sa mainLa lyre et le laurier en rendant l’un et l’autreÀ l’éclatant Thébain !Comme l’Égidien, je ne sens la puissanceBruissante ma voixQu’à louer les héros ou qui par la scienceS’égalerait aux rois.

Comme envers lui Ronsard je ne veux autre peineQue d’aller moissonnerLa tige au droit surgeon de l’onde riveraine,Et que t’en couronner.Si vraiment des neuf sœurs j’ai reçu cette audaceY saurais-je mentir ?Et nul ne me verra, quelques vers que je fasseEncore retentir,À d’autres réserver ce glorieux trophée,Brillant, et, tel qu’un dieu,Fait d’immortalité, moi qui du sang d’OrphéeAi bu le même feu !

Du Plessys, qu’à sa course un frère de DianeBien reconnaîtrait-on,Encor qu’il ait dressé la torche amycléaneSi haut au double mont.Et que forçant la Nuit de la flamme jumelleÉtendre la clarté,N’aura pas l’Hélicon et sa feuille nouvelleTout entier dévasté ;La barre de la mer, levée aux vents contraires,Ne m’aura point jetéTrop longtemps loin du bord des sources salutairesPar Pégase heurté,

Si je mêle aux rameaux dont l’illustre origineSe vante d’Apollon,Celui qui va tirant au suc de sa racineLa cendre d’Ilion.