Les tortures sont douces
Lettres à Sixtine
LES tortures sont douces aux pieds de mon amie :le plaisir, appelé tout bas, sommeille encore,la peine, avec le doute, enfin s’est endormie.
L’Alighier de Florence, descendu chez les morts,vit des âmes semées parmi les airs, légèrescomme feuilles d’automne au cruel vent du nord :
ces âmes flottaient du paradis à l’enfer,pareilles, en leur vol, à la troupe des nuéesqui va frivolant sans cesse entre ciel et terre :
elles ne sont pas élues et ne sont pas damnées :la géhenne éternelle les ignore ; pourtantles joies de l’éternel amour leur sont fermées.
Ainsi je vais, les yeux tristes et souriants,les pieds cloués au sol, le front dans l’infini,presque vivant, prêt à la vie, prêt au néant :
les tortures sont douces aux pieds de mon amie.