Supplication
Poèmes
SUPPLICATION
Sans amie et sans livre, errant au bord des eauxQue le soleil ranime et la lune caresse,Venise, je serai comme une DogaresseÉprise du sommeil de tes mornes canaux.Je croirai voir passer les superbes cohortesQui sont plus, assise en mon chagrin errant.Ô toi qui ne sais plus la fraîcheur du courant,Attire-moi, Venise, au fond de tes eaux mortes !
Et dis à ces amants stupides de demainQue je les ai jugés et que je les méprise…Ô toi, la solitaire et l’altière, ô VeniseEnseigne le néant de ce bonheur humain.Mène, vers le péril, cette troupe insenséeQui s’enivre du chant de tes voix, dans la nuit,Qui suit le mouvement de la rame qui fuitSans connaître le fond très noir de ta pensée.Et dis encore, ô toi qui pèses sur les eaux !Funèbre comme moi, comme moi froide et sombre,Redis avec ma voix sans écho, ma voix d’ombre,Que la mort seule est douce au fond de tes canaux !