La servante

Taras Shevchenko (1814–1861)

Traducido del ucraniano por Mykhaïlo Hrouchevsky et Kateryna Hrouchevska

Anthologie de la littérature ukrainienne jusqu’au milieu du XIXe siècle

Prologue.

Un dimanche de grand matinLes champs étaient couverts de brume ;Dans la brouillard, sur une tombeÉtait penchée comme un peuplierUne jeune femme.Elle pressait quelque chose sur son seinEt conversait avec le brouillard :« Ô brouillard, mon brouillard,Tu vois mon destin maudit.Pourquoi ne me caches-tu pasAu milieu de la lande ?Pourquoi ne m’étouffes-tuEt ne m’enfonces-tu pas dans la terre ?Du triste fardeau de ma viePourquoi ne me délivres-tu pas ?Non, ne m’étouffe pas, cher brouillard.Seulement cache moi dans les champsQue personne ne connaisse et ne voieMon malheur.Je ne suis pas seule, j’ai encoreUn père et une mère…J’ai encore — ô brouillard,Brouillard, mon frère,Mon enfant, mon jeune fils

Pas encore baptisé.Ce n’est pas moi qui te baptiserai ;Pour ton malheur,Ce sont des étrangers qui le ferontEt moi, je ne saurai pasLe nom qu’ils t’auront donné — mon enfant.J’ai été riche…Ne me maudis pas ! Je prierai pour toi,Je supplierai le ciel,Avec mes larmes, j’obtiendrai pour toi un heureux destinEt je te l’enverrai. »Elle allait par les champs en sanglotant,Enveloppée de brume,Et à travers ses larmes tout doucementElle chantait la chanson de la veuve,De cette veuve qui dans le DanubeEnterra ses fils :« Dans les champs il y a une tombe,C’est là que la veuve allait,Là elle allait et errait,Cherchant une fleur vénéneuse.Cette fleur vénéneuse, elle ne la trouva pas,Elle donna le jour à deux enfants,Les enveloppa d’un foulard de soieEt les porta au Danube :« Ô Danube, tranquille Danube,Fais jouer mes enfants.Et toi, sable jaune,Nourris-les.Baigne-les, emmaillote-les,Fais-leur une couverture de tes ondes. »

Il était une fois un vieux et une vieille,Il y a bien longtemps de cela, dans une clairière près d’un étang,Qui vivaient tous deux sur leur petite propriété,Comme deux enfants,Toujours à deux.Dès leur enfance ils avaient mené ensemble paître les agneaux,

Puis s’étaient mariés.Ils avaient vécu pour se voir riches,Avaient acheté leur bien, bâti un moulin,Planté un verger dans la clairière,Y avaient établi des ruches d’abeilles,En un mot possédaient tout ce qu’ils désiraient.Mais Dieu ne leur avait point accordé d’enfantsEt ils sentaient déjà la faux de la mort sur leur tête.Qui leur donnera de la joie dans leur vieillesseEt leur tiendra lieu d’enfant ?Qui les pleurera, les enterrera ?Qui fera valoir honnêtement leur bienDans les bonnes annéesEt se souviendra d’eux, en les bénissant,Comme leur propre lignée ?Il est dur d’élever des enfantsDans une cabane qui n’a pas de toit,Mais il est bien plus malheureux de vieillirDans des palais dorés,De vieillir, de mourirEt de laisser son bienÀ des étrangers, à des enfants qui ne sont pas à vous,Pour qu’ils s’amusent et le dissipent.

Et le vieux et la vieille, un dimanche,Étaient assis tous deux devant la porteGentiment, en chemises blanches.Le soleil brillait dans le ciel.Pas un nuage, tout était tranquille,Il faisait bon comme en paradis,La douleur se tenait cachée au fond du cœur,Comme un animal des bois dans un fourré sombre.Dans un tel paradis pourquoi faut-ilQue nos vieux soient tristes ?Est-ce quelque chagrin lointainQui s’est glissé dans la maison ?Est-ce une douleur d’hier, déjà étouffée,Qui se ravive à nouveau ?

Ne serait-ce même qu’un germe de malheurQui aurait anéanti leur paradis ?Je ne sais pourquoi et par suite de quoiNos vieux sont tristes. Il se peut que déjàIls s’apprêtent à passer à DieuEt que quelqu’un pour ce long voyageAttèle déjà de bons chevaux ?« Et qui nous enterrera, Nastia,Quand nous mourrons ? »Quand nous mourrons ? » « Je ne le sais pas, moi !J’y ai bien réfléchi,Et j’en suis toute attristée :Nous avons vieilli tout seuls…À qui laisserons-nousNotre bien ? »Notre bien ? » — « Tiens !N’entends-tu pas ? On pleureDevant la porte… comme un enfant !Courons-y, vois-tu,J’avais un pressentiment qu’il arriverait quelque chose. »À la fois ils se précipitèrentVers la porte. Ils courentSans parler et s’arrêtent :Là, devant le seuilUn enfant emmaillotéUn peu lâchement et recouvertD’un manteau neuf ;Car la mère l’avait enveloppéEt pendant l’été elle le couvraitDe son dernier manteau !Ils s’étonnèrent, ils prièrent,Nos vieux. Et gentiment,Comme pour supplier,L’enfant levait ses petits poingsEt vers eux tendaitSes menottes… Il se tut.Comme pour ne pas crierIl geignait doucement.

« Eh ! Quoi, Nastia ?Je l’avais bien dit ! Vois !C’est la chance, le sort !Nous ne sommes plus seuls !Prends-le, emmaillote-le !Quel bel enfant ! Dieu le garde !Porte-le dans la maison et moi, à cheval,Je vais lui chercher des parrains et des marrainesAu village. »C’est bien étrangeCe qui se passe au milieu de nous !Les uns maudissent leur filsEt le chassent de leur maison.D’autres, les braves gens, mettent des cierges,Achetés avec de l’argent gagné à la sueur de leur frontEt en sanglotant prientDevant les icônes :Ils n’ont pas d’enfants !C’est bien étrangeCe qui se passe au milieu de nous.

Pour célébrer la fête, trois couplesDe parrains et de marraines furent conviés,Ce soir-là même on baptisa l’enfantEt on l’appela Marc.Marc grandit. Nos vieuxNe savent plus où le mettre,Où le poser, où le coucher,Ce qu’ils pourraient bien faire pour lui.Un an se passe. Marc granditEt une vache nourricièreVit chez eux dans les délices.Mais une jeune femme aux sourcils noirs,Au visage pâleVint, la pauvrette,À cette chaumière bienfaisanteEt pria qu’en la prît en service.

« Eh quoi ! dit le vieux, prenons-la, Nastia ! »— « Prenons-la, Trophime,Car nous sommes vieux, nous manquons de forceEt il y a l’enfantQui, quoiqu’il ait grandi,A tout de même besoinDe quelqu’un qui s’occupe de lui. »— « Oui, il en a besoin,Car, moi, j’ai déjà derrière moi une bonne partieDe ma vie, Dieu en soit loué,Et j’ai vieilli. Voyons !Que demandes-tu, brave femme ?T’engages-tu à l’année, ou comment ? »

T’engages-tu à l’année, ou comment ? » — « Et que donnez-vous ? »

— « Ma foi ! il faut savoir,Il faut, ma fille, compter l’argent,L’argent qu’on gagne.On le dit : Celui qui ne compte pas — n’a pas.C’est ce qui manque, brave femme :Tu ne nous connais pasEt nous ne te connaissons pas ; tu vivrasChez nous, tu verras comment ça s’y passe,Nous, nous verrons ce que tu sais faireEt d’après cela nous fixerons tes gages.N’est-ce pas, ma fille ? »N’est-ce pas, ma fille ? » — « C’est bien, petit père ! »— « Entrons dans la maison. »Ils s’entendirent bien. La jeune femmeÉtait heureuse et gaie,Comme si elle eût épousé un seigneurOu acheté des villages.La voilà dans le ménage, à la basse-cour,Auprès du troupeauTant le soir qu’à l’aube,Et de l’enfantElle s’en occupe comme une mère :Les jours de semaine comme le dimancheElle lui lave sa petite tête,Elle lui met une chemisette blancheTous les jours que Dieu fait.

Elle joue avec lui, lui chante,Lui fabrique des voiturettes et les jours de fêteNe le quitte pas de la main.Nos vieux s’en étonnentEt remercient Dieu,Et la servante infatigableTous les soirs, la pauvrette,Maudit son sort,Elle pleure beaucoup, amèrement,Et personne ne l’entend,Ne le sait, ni ne la voit,Excepté le petit Marc.Et lui ne sait pasPourquoi la servanteLe baigne de ses larmes,Il ne sait pas Marc pourquoiElle l’embrasse tant,Elle ne mange, ni ne boitTout en le faisant manger.Marc ne sait pas que dans son berceau,Parfois au milieu de la nuit,Il s’éveille et bougeEt qu’elle saute aussitôt,Le recouvre, le signeEt le berce doucement ;Elle entend de la pièce à côtéLa respiration de l’enfant.Le matin, Marc vers la servanteÉtend ses petits brasEt à Anna infatigableIl donne le beau nom de mère.Marc ne sait rien, il pousse,Il pousse et grandit.

Pas mal d’années s’écoulèrent,Pas mal d’eau coula sous les ponts,Et le malheur visita la ferme,Y faisant couler pas mal de pleurs.

On enterra la vieille NastiaEt c’est à grand’peine qu’on rappela à la vieLe vieux Trophime. Il passaLe mal maudit, puis s’endormit.À la ferme le bonheur revintDe derrière le bois sombrePour se reposer chez le vieillard.Déjà Marc va en tournéeEt à l’automne il ne passe la nuitNi sur le banc devant la porte, ni dans la chaumière.Il faut faire en sorte de le marier.« Mais avec qui ? » pense le vieuxEt il cherche conseilAuprès de la servante. Celle-ciVoudrait bien à la fille du tzarEnvoyer des marieurs : « Il faudra à MarcLui-même poser la question. »— « Très bien, ma fille, nous lui demanderonsEt nous célébrerons les noces. »Ils demandèrent, se concertèrentEt Marc s’en fut chez des connaissancesLes prier de lui servir de marieurs.Les gens retournèrent avec les essuie-mainsEt le pain béni échangé.C’était une demoiselle de bonne maison,Une fille si belle que même à un hetmanElle n’aurait pas fait honte. N’était-ce pasUne perle qu’ils avaient trouvée !« Je vous remercie, dit le vieux,Maintenant il faudrait savoirMener les choses à bonne fin,Fixer le mariage religieuxEt les noces. Et encore quelque chose :Qui chez nous servira de mère ?Ma Nastia n’a pas vécu jusqu’ici… »Et il se mit à verser des larmes.

Mais la servante sur le seuilSe cramponna des mainsÀ l’embrasure et s’évanouit.Le silence se fit dans la chaumière,Seulement on entendit la servante chuchoter :« Mère !… Mère !… Mère ! »

Une semaine après, de jeunes femmesPétrissaient le gâteau des nocesÀ la ferme. Le vieux pèreFait tous ses effortsPour leur tenir pied :Il balaie la cour,Ceux qui passent à pied ou en voitureIl les prie d’entrer,Leur offre de la liqueurEt les invite à la noce.Le voilà qui court, quoiqu’il se tienneÀ peine sur ses jambes ;Partout du bruit et des rires,Tant dans la maison que dans la cour,Et les tonnelets de provisions sortentEn roulant de la dépense.Partout des préparatifs : on cuit, on rôtit,On balaie, on lave…Et ce sont des étrangers qui le font. Où est donc la servante ?À Kiev en pèlerinageAnna est partie. Le vieux l’a suppliée,Marc a même pleuréPour qu’elle lui serve de mère.« Non, Marc, a-t-elle dit, aucunementIl ne me convient de jouer ce rôle :Vous êtes des gens riches,Moi la servante ; les gensSe moqueraient de toi.Que Dieu vous aide !Moi, je m’en vais prierTous les saints à Kiev,Et en retournant je viendrai

Chez vous, si vous voulez me recevoir,Tant que j’aurai des forcesJe travaillerai. »Je travaillerai. » D’un cœur sincèreElle avait béniSon Marc, et en pleurantAvait franchi le seuil.Les noces se firent en grande pompe,Les musiciens eurent beaucoup à faireEt les semelles aussi. De la liqueurIl y en eut comme s’il en pleuvait.Pendant ce temps, d’un pas chancelantLa servante marchait vers Kiev.Elle y arriva, mais pas pour se reposer :Elle entra chez une bourgeoiseEt se loua pour porter l’eau,Car son argent ne suffisait pasPour faire dire les litanies de Sainte Barbe.Elle transporta et retransporta de l’eau,Gagna quelques liards,En acheta pour MarcUn bonnet béni, dans les catacombesDe Saint Ivan,Afin que la tête ne fasse pas malAu jeune homme ;Elle se procura aussi une bague de Sainte BarbePour la fiancée,Et ayant salué les saints,Elle revint à la maison.Elle revint. CatherineEt Marc allèrent à sa rencontreDevant la porte, la firent entrer dans la maison,Asseoir à table,La firent manger, la firent boire,Lui demandèrent comment c’était à KievEt, dans la chambre, CatherineLui prépara son lit.

« Pourquoi m’aiment-ils ?Pourquoi m’honorent-ils ?Dieu de miséricorde,Sauraient-ils ?Auraient-ils deviné ?Non, ils n’ont pas deviné,Ce sont seulement de braves gens. »Ce sont seulement de braves gens. » Et la servanteSe mit à pousser de lourds sanglots.

Trois fois les glaçons se formèrent.Trois fois ils fondirent,Trois fois la servante pélerina à Kiev,Catherine l’accompagnaComme si elle eût été sa mère. Et la quatrième foisElle accompagna la pauvre femmeÀ travers les champs, jusqu’à la tombe de la steppeOù elle pria DieuQu’elle retournât bientôt,Car sans elle chez euxTout était triste, comme si la mèreAvait quitté la maison.Le dimanche après la fête de la Vierge,La première, Trophime,Le bon vieux, était assis en chemise blancheEt en chapeau de paille devant la porte.Devant lui son petit-fils jouait avec un chienEt sa petite-fille, affublée du manteauDe Catherine, faisait comme siElle était en visite chez son grand-père. Il riaitLe vieux, accueillant sa petite-filleComme si vraiment elle eût été une jeune femme.« Et où as-tu mis la galette ? »Ou, simplement, n’as-tu pas oublié de la porter ?

Peut-être quelqu’un te l’a prise dans la forêt ?Ne se pourrait-il pas que tu ne l’aies même pas fait cuire ?C’est une honte, une honte ! En voilà une ménagère ! »Tiens ! Voilà la servante qui entreDans la cour. Le vieux court à la rencontreD’Anna avec ses petits enfants.« Et Marc est-il en tournée ? »Demanda Anna au grand-père.— « Oui, encore en tournée jusqu’à cette heure. »— « Et moi, j’ai pu à peine me traînerJusque chez vous.Je ne voulais pas, chez des étrangers,Mourir toute seule.Que je puisse au moins attendre que Marc arrive !J’ai une telle angoisse !… »Et de sa poche elle tiraLes cadeaux pour les enfants :De petites croix, des médailles,Un collier fait d’un cordonDe corail et une petite icôneDe métal rouge ;Pour Karpo un rossignolEt une paire de chevaux en terre cuite ;Déjà pour la quatrième fois un anneauDe sainte BarbePour Catherine ; pour le vieux,De cire bénite trois petits cierges.Pour Marc et pour elle-même elle n’avait rien apporté :Elle n’avait rien acheté,Car son argent n’avait pas suffiEt elle n’avait pas eu la force d’en gagner d’autre.« Tiens, il me reste encoreUn morceau de petit pain ! »Un morceau de petit pain ! » Et, chacun son morceau,Elle le distribue aux enfants.

Elle entra dans la maison. CatherineLui lava les pieds,

Lui porta à manger.Elle ne mangea pas, ne but pas,Notre Anna.Notre Anna. « Catherine !Quand est-ce que ce sera dimanche ? »— « Après-demain. »— « Après-demain. » — « Il faudrait bienFaire dire les litaniesDe saint NicolasEt donner quelque chose,Car il semble que Marc soit en retard…Peut-être en routeEst-il tombé malade, Dieu nous en garde ! »Les larmes tombèrentDe ses yeux de vieille fatiguée,À grand’peine elle put se lever de table.« Catherine ! J’ai bien changé :Je me traîne, je n’ai plus la forceDe me tenir sur mes jambes.Il est dur de mourir, Catherine,Chez des étrangers, même dans une chambre bien chaude ! »La pauvre femme s’affaiblissait,Déjà elle avait communiéEt on lui avait administré l’extrême onction —Ça ne la guérit pas.Le vieux Trophime dans la courMarche comme un homme abattu ;Catherine ne quitte pas la malade des yeux,Elle est auprès d’elle jour et nuit.Cependant chaque nuit les hibouxNe prophétisent rien de bonSur le toit de la dépense.La malade tous les jours, toutes les heures,Entendant à peine, demande :« Catherine, ma fille,Marc est-il revenu ?Oh ! Je voudrais bien savoirSi je peux l’attendre, si je le verrai,Si je tiendrai jusque là ! »

Marc retourne de ses affaires,Il chante en marchant,Il ne se presse pas de rentrer,Fait reposer ses bœufs.Il porte à CatherineDu drap bien cher,Au père une ceinture brodéeDe soie noire,À la servante du brocat pour un bonnetEt un bon foulard rougeOurlé de blanc ;Aux enfants des souliers,Des figues et des raisins,Et pour tous il a achetéDu vin rouge de ConstantinopleDans un baril assez grand,Et du caviar du Don —Il amène tout cela, ne se doutant pasDe ce qui se passe à la maison.Il marche sans se presser.Il arrive. Dieu soit loué !Il ouvre la porte et remercie Dieu.« Ne vois-tu pas, Catherine ?Cours à son devant !Il est arrivé ! Cours vite,Vite, fais-le entrer.Je te remercie, Seigneur Dieu,J’ai eu la force de l’attendre ! »Et la servante bien doucement dit le « Notre père »Comme si elle rêvait.Le vieux dételle les bœufs,Met à sa place le joug sculpté,Et Catherine regarde son Marc.« Et où est Anna, Catherine ?Moi qui arrive sans m’inquiéter !Elle n’est pas morte ? »Elle n’est pas morte ? » « Non, elle n’est pas morte,Mais elle n’ira pas loin.

Allons dans la petite chambre,Pendant que le pèreDételle les bœufs ;Marc, elle t’attend. »Marc va vers la petite chambreEt reste sur le seuilComme effrayé, Anna murmure :« Merci, mon Dieu, merci !Approche, n’aie pas peur.Sors de la chambre, Catherine ;J’ai quelque chose à lui demander,À lui raconter. »Catherine sortitEt Marc se penchaVers la bouche de la servante.« Marc, regarde,Regarde-moi bien,Vois comme je suis faible !Je ne suis pas Anna, je ne suis pas la servante,Je suis… »Je suis… » Ici elle se tut.Marc pleurait, étonné.De nouveau les yeux d’Anna s’ouvrirent.Elle regardait fixement, attentivement,Les larmes lui coulaient.« Pardonne-moi ! Je me suis tourmentéeToute ma vie dans une maison étrangère…Pardonne-moi, mon fils,Je suis… Je suis ta mère ! »Elle se tut…Elle se tut… Marc s’évanouit,Et la terre trembla sous lui.Il revient à lui, il se penche vivement vers sa mère —Et sa mère s’est endormie pour toujours.

Péréïaslav, 13 novembre 1845.