Qué qu’t’as, mon gâs ?

Théodore Botrel (1868–1925)

Chansons en sabots

Musique de Théodore BOTREL

La lecture audio n'est pas prise en charge dans votre navigateur. Vous pouvez télécharger le fichier audio.

QUÉ QU’ T’AS, MON GÄS ?

I

— Qué qu’ t’as, mon gâs ? t’as l’air tout chose :Tu pleures T’es point à flot ?Toi, qu’as toujours la goule rose,Tu pleures T’es tout pâlot !Toi, le plus rude et le plus braveTu pleures Des matelots.Tu pleures la nuit, — c’est donc grave ? —Tu pleures Dans ton lit clos !------Qué qu’ t’as, mon gâs ?------Dis voir qué qu’ t'as !

Voyons, raconte à ton grand-père :T’as ben confiance en lui, j’espère !Tu pleures Quéqu’t'as, mon gâs ?Tu pleures Dis voir, quéqu’t'as !Tu pleures Quéqu’t'as, mon gâs ?

II

— Mon secret, tu veux le connaître :Tu pleures Espère un brin !Pour la première fois, peut-être,Tu pleures J’ons du chagrin !Tu sais, Jeanne, la fille aînéeTu pleures Au vieux Robin :Depuis déjà plus d’une annéeTu pleures Je l’aimions ben !

------— C’n'est qu’ça, mon gâs !------C’est tout c’que t as ?T’es amoureux, la belle affaire !Viens t’en trouver Jeanne et son père !------Et lon lon la !------Tu l’épouseras :------T’es un biau gâs !

III

— Que nenni ! la chose est point faite :Tu pleures Ignorez-vousQue les parents à la JeannetteTu pleures Sont des grigous ?Tandis qu’ils ont chez leur notaireTu pleures Des tas d’argent.Je suis le plus gueux de la terre :Tu pleures Un vrai Saint-Jean !

------— Eh ben ! mon gâs.------T’as tes deux bras ;T’as cœur vaillant et corps valide ;

T’as, de plus, un batiau solide :Tu pleures Tu trimeras !Tu pleures On n’en meurt pas,Tu pleures Mon pauv’ ’tit gâs !

IV

— Un batiau ? Le Robin s’en fiche :Tu pleures Pour lui, c’est rien !Il veut un gendre qui soit riche…Tu pleures Et soit… terrien ;Comme il a moulin, champs et ferme,Tu pleures Bœufs et chevaux.Lui faut un gendre l’aidant fermeTu pleures Dans ses travaux !

------— Terrien !… mon gâs------Parle plus bas,Car tu ferais pleurer ton pèreS’il t’entendait de sous la terres------Ah ! nom de d’là !------Si tu fais ça…------T’es plus not’ gâs !!!

V

— Allons, grand-père, sois tranquille,Tu pleures Va, j’oublierai !Mon cœur geint d’amour, l’imbécile !Tu pleures Non de regret…Mais j’ons encor l’humeur jalouseTu pleures Quand j’aperçoisLa coiffe à Jeanne auprès la blouseTu pleures Du grand François !…

------— Eh ben ! mon gâs,------La Mer est là !Il faut l’aimer… et n’aimer qu’ElleÀ ses galants elle est fidèle :------Ell’ t’ consol’ra !------Tiens… tope là :------T’es un vrai gâs !!!